Aujourd'hui vers 8h15, conférence de lecture/écriture (un des bonheurs de la vie à SP.) :

Je suis en train de lire ma prose tout haut. C'est pas mal, pour un truc torché en 15 minutes dans le métro. Je viens de bâtir une vie alternative à un apôtre de Jésus et j'en suis plutôt fière. C'est un peu ironique, assez inventif. La semaine dernière, ce n'est pas à moi qu'il a conseillé d'écrire, alors j'ai l'ego un peu écorché et la voix tremblante.
Je relève lentement la tête après le point final, le décor défile, de ma table à son visage, qui s'avère barré d'un large sourire.

"C'est génial", qu'il me dit.

Mon ego est pommadé, pansé, rétabli.

J'ai un petit sourire au coin des lèvres, il veut dire "ah, bah enfin quand même". Pas de triomphe, pas d'exclamation. La normale.

A cet instant précis, je réalise qu'il y a bien un domaine dans lequel je suis devenue immodeste.
C'est un peu à cause de vous, amis lecteurs.
Et putain c'est bon.

Aujourd'hui, 12h40, quai du métro :

La voix de Lou Reed m'enveloppe, me réchauffe, m'enserre, je flotte légèrement au-dessus du sol. L'atmosphère est d'un noir et blanc crasseux, les corps se meuvent lentement, une petite fille est en train de jouer avec un grand parapluie bariolé qui lui arrive aux épaules.
L'instant est fugitif.
Je suis le mouvement du parapluie, le parapluie suit le mouvement de la musique. Une, deux, trois notes de piano durant lesquelles le parapluie martèle le sol, la chorégraphie est parfaitement en cadence, je suis envoûtée.
Une, deux, trois notes, pas plus, le hasard n'est pas si généreux.
Oh, such a perfect day.