04 juin 2008
Instantanés dix (pendieux)
(je fais comme si j'avais pas pas écrit depuis un mois)
(et je le fais bien)
Hier, 18h30, conférence d'histoire :
C'est apparemment à moi d'intervenir, alors je m'avance. Ma présentation est préparée, j'ai les cheveux propres, mon plus beau jean, un décolleté avec les moyens du bord et je dois avouer que parler en public est l'un de mes plus grands kifs.
Plus encore que de jouer avec la cire des bougies, ou de faire un sifflet avec un brin d'herbe entre mes pouces. Alors hein, hein.
Je commence ma présentation, et sûre de moi je case même des blagues. Qui ne font rire personne, mais à 18h30 l'étudiant moyen qui a dormi 4 heures la nuit précédente et ne mange depuis 6 mois que des sandwich et des cordon-bleus somnole, c'est bien connu. Et même rassurant, je veux pas les bousculer non plus les pauvres choux.
Mais que vois-je? Serait-ce de la gêne... de la moquerie dans les yeux de mes camarades? Ah putain voilà je panique. Il se passe un truc, je sais pas quoi, les autres se marrent et je m'apprête à vivre un gigantesque moment de solitude et personne viendra m'aider et ils vont me jeter des cailloux et me renvoyer de la noble institution et je serai jamais présidente. Tout ça à cause d'une crotte de nez ou d'une braguette ouverte ou je ne sais quoi.
Et là je réalise que j'ai chaud, extrêmement chaud. Je baisse les yeux, lentement, les relève, lentement. Suis prise d'une certaine fierté, finalement.
Je suis probablement la seule personne au monde qui peut rougir du haut du front jusqu'à la poitrine.
Disponible pour les anniversaires, bar-mitsvas, mariages et enterrements de vie de daltonien. Prix à négocier.
02 mai 2008
Instantanés neuf (de Pâques)
Dans l'après-midi
Elle a le sourire commercial vademecum parfait, celui qui vous fait croire que vous êtes unique, digne d'intérêt et que vous méritez qu'on vous aime comme vous êtes. Ou presque : comme vous serez quand vous lui aurez acheté ce formidable masque aux extraits d'ail qui-sent-pas-très-bon-mais-qu'est-efficace qui a super bien marché sur elle qui pourtant avait "pleiiiin de boutons".
Oui vraiment elle avait "pleiiiiiiiiiiiiin de boutons". Ca a été miraculeux. Alors oui, c'est vrai, l'ail c'est pas très ragoûtant. Mais il faut que j'essaie. Parce que vraiment, elle, bon c'est vrai elle avait moins de boutons que moi, mais ça a fonctionné à merveille.
Et moi, heureusement que je suis crédule et pas trop susceptible hein.
Et dire que le matin même, devant mon reflet impitoyablement sincère, je relativisais de toutes mes forces en me disant que les complexes sur lesquels on fait une fixette, eh bah des fois, les gens ils y font même pas attention.
Greluche.
21 avril 2008
Instantanés huit (re)
Il y a 30 secondes
Le lieu, traditionnellement lourd d'un silence empli de la concentration des esprits qui moulinent, perd brusquement de sa solennité.
C'est une bibliothèque de carnaval. Un déchaînement presque animal de joie et de défoulement la remplit désormais, les cotillons tombent comme une pluie d'automne et des projecteurs multicolores parcourent les rayons autrefois si mornes.
Le Messie de Haendel, tonitruant, fait trembler les vitres et tomber les livres.
Car oui, mes amis, oui.
J'ai compris l'équation fondamentale du taux de croissance du PIB.
20 avril 2008
Instantanés sept (icémie)
Dans mes oreilles, la voix de Lou Reed :
Sunday morning...
Et on est dimanche matin.
Mais là j'ai fait exprès.
17 avril 2008
Instantanés six (teuracte)
Ce soir, 19h, ligne 4
Benjamin Biolay dans mes oreilles :
A la Gare du Nord
Je sors
Et moi à ce moment, à la Gare du Nord, je sors.
Classe.
13 avril 2008
Instantanés 5
Exercices surréalistes :
(ainsi, nous étions portés par notre inconscient, et celui qui écrit la deuxième proposition ne connaît pas la première, aha) :
- Qu'est-ce que le Conseil constitutionnel?
C'est un animal de la famille des ursidés, bien en chair et propre sur lui
- Si j'avais un marteau
Ca serait quand même pas mal marrant
- Qu'est-ce qui vous fascine donc tant chez moi?
C'est la preuve irréfutable que les humains sont cons
- Qu'est-ce que croire en Dieu?
C'est un cri, c'est un chant, c'est aussi le désert et le vent...
- Qu'est-ce qu'un bac à sable vide?
C'est pas moi, c'est les autres
- Si le Parlement refusait de jouer le rôle subalterne que lui accorde le régime présidentialiste
Tout le monde réussirait son bac
- Si Elvis n'était jamais mort
Ca nous ferait une belle jambe
- Qu'est-ce qu'un cheval à bascule ?
On ne sait pas ce que c'est, mais ça pue
- Si on savait à quoi on s'expose quand on pousse son premier cri
On arrêterait de se faire chier, franchement
- Si Dieu était George Bush
Il ne faudrait pas s'étonner que les vieux se mettent à incendier les hospices
- Si Dudule savait ce qu'on dit de son anatomie
On arrêterait peut-être de croire à n'importe quoi
- Qu'est-ce qu'il fait, le Dalaï Lama?
C'est un cocktail à base de groseilles, de gravier et de mandibules de carpes
- Qu'est-ce que c'est que ce truc sous le nez de Michel Blanc?
C'est un secret, j'peux pas t'en parler, mais si tu veux un indice ça rime avec grenouille
- Qu'est-ce qui différencie l'homme du marcassin?
C'est un truc que seule la CIA connaît
- Si Dieu n'avait pas inventé le clitoris
Ca ferait bien mal aux couilles
10 avril 2008
Instantanés, quatrièmes du nom
"Eh, eh, et ma mère, elle s'appelle comment?
- Elle s'appelle Annick ta mère *séquence rires gras*... Et la mienne?
- ... Fabienne lubrique !
- ... hein?
- bah oui, Fabienne lubrique... hyène lubrique
- c'est pas plutôt "chienne lubrique" ?
- ah euh peut-être... euh sinon pardon
- pour quoi ?
- pour ta mère
- ah."
02 avril 2008
Instantanés troisièmes du nom
Aujourd'hui, 19h12, Monoprix
Extase au rayon fournitures scolaires.
Je n'ai besoin que de cartouches d'encre. C'est du moins ce que je crois. La réalité est autre, en fait je ressens un besoin impérieux de me lâcher, enfin. Le sourire aux lèvres, je m'abandonne à la surenchère consumériste. C'en est fini pour les cinq minutes à venir de ma légendaire maîtrise de soi ("soi" c'est moi hein), je me laisse aller, c'est décidé, j'en paierai les conséquences plus tard.
Alors je me suis lâchée. Littéralement.
Résultat de mon méfait : des cartouches d'encre et un feutre fluo vert.
Non, je dirais pas "vie de merde".
"Mauvaise passe" plutôt.
01 avril 2008
Instantanés deuxièmes du nom (et journée de merde)
Ce matin, 8h10
Le vide.
Comme un gouffre, les mains qui cherchent, désespérément, ne trouvent qu'un grand rien. Et aucun petit rien auquel se raccrocher. Le vide inquiétant, les mains de plus en plus fébriles, et toujours, toujours rien.
Non, décidément, rien.
Vides, les poches.
J'ai oublié mon téléphone portable.
J'aurais oublié une jambe que j'aurais pas été si paumée.
Cet après-midi, 14h38
Je l'ai, ce foutu papier.
J'ai écrasé 26 pieds, donné moult coups de coude, cassé quelques paires de lunettes.
Mais je l'ai.
Dans un monde idéal, j'aurais assez d'auto-discipline pour attendre d'être à l'air libre afin de consulter mes notes du semestre. Mais le monde est pourri ma ptite dame. Alors je déplie le foutu papier dans la cohue, je le rapproche de mes yeux écarquillés pour que personne ne le voie, je lis.
Ah, merde.
C'est comme les bulletins de notes d'avant, sauf que c'est nul.
Je vérifie, on ne sait jamais. Mais c'est bien le mien.
Y'a ptêt encore des places en CAP fleuriste, qui sait.
Cet après-midi, 16h17 à peu près environ, Bibliothèque
J'ai réussi à me remettre à bosser. Pas que je sois plus démotivée, mais c'est plus fort que moi, j'ai pas envie de laisser au jeune homme au costard cravate et à la tête de con l'intense jouissance du retirage de point cause pénalité de retard (il faut rendre à la branlette ce qui est à la branlette).
Mon voisin déballe ses affaires, ses gestes sont un peu brusques.
Et là, c'est le drame.
Il reverse un gobelet d'eau sur une prise sur laquelle est branché un transformateur sur lequel est branché un ordinateur (oh, le mien).
Kimi (c'est le ptit nom du serviteur de votre servitrice) échappe de justesse à ce fléau qui nous avait déjà ravi l'un des plus grands artistes de notre temps : l'overdose et l'étouffement dans son vomi.
Ah non, je confonds.
L'électrocution, oui c'est ça.
Mais la moitié des prises de la bibliothèque sont court-circuitées, trois ordinateurs fixes s'éteignent. Les regards convergent, ils sont exaspérés.
On se regarde, il se sent coupable.
Et là j'en peux plus, c'est nerveux.
Je ris. Fort.
Les regards se font haineux.
Rien à foutre.
21 mars 2008
Instantanés, premiers du nom
Aujourd'hui vers 8h15, conférence de lecture/écriture (un des bonheurs de la vie à SP.) :
Je suis en train de lire ma prose tout haut. C'est pas mal, pour un truc torché en 15 minutes dans le métro. Je viens de bâtir une vie alternative à un apôtre de Jésus et j'en suis plutôt fière. C'est un peu ironique, assez inventif. La semaine dernière, ce n'est pas à moi qu'il a conseillé d'écrire, alors j'ai l'ego un peu écorché et la voix tremblante.
Je relève lentement la tête après le point final, le décor défile, de ma table à son visage, qui s'avère barré d'un large sourire.
"C'est génial", qu'il me dit.
Mon ego est pommadé, pansé, rétabli.
J'ai un petit sourire au coin des lèvres, il veut dire "ah, bah enfin quand même". Pas de triomphe, pas d'exclamation. La normale.
A cet instant précis, je réalise qu'il y a bien un domaine dans lequel je suis devenue immodeste.
C'est un peu à cause de vous, amis lecteurs.
Et putain c'est bon.
Aujourd'hui, 12h40, quai du métro :
La voix de Lou Reed m'enveloppe, me réchauffe, m'enserre, je flotte légèrement au-dessus du sol. L'atmosphère est d'un noir et blanc crasseux, les corps se meuvent lentement, une petite fille est en train de jouer avec un grand parapluie bariolé qui lui arrive aux épaules.
L'instant est fugitif.
Je suis le mouvement du parapluie, le parapluie suit le mouvement de la musique. Une, deux, trois notes de piano durant lesquelles le parapluie martèle le sol, la chorégraphie est parfaitement en cadence, je suis envoûtée.
Une, deux, trois notes, pas plus, le hasard n'est pas si généreux.
Oh, such a perfect day.